Rapport réalisé par le groupe d’appui départemental (Mission Ville, Sous-Préfecture) avec l’aide des étudiants en première année à HEC (Camille Jourjon, Houda Naili, Gabriel Boneu, Nathanaël Francisco, Jean-Baptiste Kalck, Luc Payen).
Le présent rapport a pour objet de présenter de manière synthétique les échanges des trois rencontres territoriales qui se sont tenues le 6 novembre à Ecquevilly, le 8 novembre à Saint-Quentin-en-Yvelines et le 12 novembre à Achères.
Les trois séances plénières, animées par un journaliste, Philippe Dessaint de TV5, ont été précédées par quatre ateliers thématiques consacrés à l’emploi et l’égalité des chances, l’éducation et la réussite, le désenclavement et la fin de l’isolement des quartiers et la sécurité et la citoyenneté. Les constats et les propositions des différents ateliers ont été rapportés en séance plénière.
Parallèlement, afin de faire participer le plus grand nombre, le Préfet a ouvert un blog à compter du 15 octobre et a aussi animé personnellement un « chat » en direct le 31 octobre. Plus de 120 messages ont été adressés, lesquels ont nourri le débat sur la question des quartiers en difficulté au cours des rencontres territoriales.
Ce rapport a été rédigé avec l’aide de six étudiants en première année à HEC, école avec laquelle la Préfecture a signé une convention dans le cadre du programme « égalité des chances ».
Le désenclavement et la fin de l’isolement des quartiers
Emplois et égalité des chance
Constats
Les participants des trois rencontres ont globalement été d’accord sur le constat général concernant l’emploi et l’égalité des chances. Ce constat n’est pas uniquement négatif. En effet, les participants ont évoqué le fait que de nombreux jeunes n’ont ni diplômes ni qualifications, mais qu’ils ont une volonté et une énergie positive très forte qu’il est possible de canaliser. Dans les banlieues, de nombreuses personnes souhaitent créer leur entreprise, afin de créer leur propre emploi. L’apprentissage est un système qui fonctionne bien, qui a fait ses preuves, et qu’il est important de développer. Cependant, il est toujours difficile de trouver des entreprises pour travailler en lien avec les CFA, et le manque d’information empêche souvent le jeune de faire un choix professionnel dès 15 ou 16 ans.
De nombreuses problématiques ont été soulevées : près d’une personne sur trois ne se maintient pas durablement dans son emploi ; il y a des freins comme le comportement, le savoir être ou le manque de connaissance des valeurs et objectifs économiques de l’entreprise. Le passage de la logique d’accompagnement à la logique de performance pose problème, et débouche trop souvent sur une rupture du contrat. De plus, les travailleurs sont confrontés aux difficultés pratiques liées à la garde d’enfant trop coûteuse, et aux problèmes de mobilité, les lieux de travail et d’habitation étant souvent très éloignés. De trop nombreuses personnes issues de l’immigration ne parviennent pas à trouver un emploi, et malgré des initiatives intéressantes d’apprentissage de la langue par le travail, la barrière de la langue reste importante.
Par ailleurs, il est à noter que les acteurs locaux ne disposent pas de statistiques fiables de l’emploi concernant précisément les quartiers prioritaires (ZFU, ZUS, ZEP, CUCS, voir chiffres fournis par ONZUS).
Propositions
Formation/maintien à l’emploi
L’accent a été mis sur l’éducation et la formation, qui sont des préalables à la réussite professionnelle. Il faudrait renforcer les liens entre les écoles et les entreprises, en favorisant les forums d’entreprises au sein des écoles, en multipliant les stages au collège, et en organisant des opérations de « connaissance du monde du travail » très tôt dans la scolarité. Ces cours pourraient aider les jeunes à se maintenir à l’emploi en leur faisant comprendre certaines notions importantes pour diminuer le décalage perçu entre le système scolaire et le monde professionnel.
De nombreux intervenants proposent que la formation par apprentissage puisse être valorisée et développée. Dans cet esprit, il faudrait privilégier les grandes entreprises qui ont plus de facilité à intégrer les jeunes des minorités, et mettre en place un suivi des jeunes, un système de parrainage entre les CFA et ces entreprises pour motiver et former les apprentis. Ce suivi pourrait de plus être étendu hors de la sphère de l’apprentissage, entre un professionnel de l’entreprise et une personne en période d’essai, pour l’aider à s’adapter aux exigences de l’entreprise.
Recrutement
Des propositions concrètes ont été faites pour faciliter le recrutement des demandeurs d’emploi. Des méthodes permettent aux demandeurs d’emploi d’être jugés sur leur habilité à pratiquer un métier, et non uniquement sur leurs diplômes. Il est préconisé de promouvoir la mise en situation des demandeurs en utilisant des outils de recrutement par simulation, et en leur permettant de découvrir le milieu de travail pour s’adapter au poste.
Secteurs professionnels
Plusieurs remarques ont été faites sur les secteurs professionnels à valoriser. Les intervenants recommandent de raisonner par filière et de se concentrer sur celles qui sont dynamiques dans les territoires concernés, afin d’établir des partenariats efficaces. De plus, la création de commerces dans les quartiers doit être favorisée, et pour cela, il faut rendre les territoires plus attractifs d’un point de vue urbain (offrir des places de choix aux boutiques) et pas seulement par une fiscalité plus avantageuse. Ces commerces de proximité permettraient de créer de nouveaux emplois plus facilement accessibles aux populations des banlieues, et de redynamiser les quartiers. Enfin, il faut renforcer le financement des entreprises d’insertion.
Lutte contre l’illettrisme et alphabétisation :
Plusieurs propositions vont dans le sens de la mise en place d’un pool d’associations de lutte contre l’illettrisme répertoriées et regroupées localement pour qu’elles travaillent en synergie. L’accent a été mis sur l’alphabétisation, qui doit permettre de faciliter l’accès à l’emploi des personnes issues de l’immigration, ainsi que sur la qualité de l’offre dans le domaine : certains intervenants proposent une certification ou une labellisation.
Aide à la création d’entreprises
De plus en plus d’habitants des banlieues souhaitent créer leur entreprise, et il faut envisager un accompagnement des personnes. Cet accompagnement est professionnel (formation, conseil), pratique (prêt d’un local) mais est aussi un soutien moral, tout en sensibilisant ces personnes à un éventuel échec. L’allègement des procédures administratives pour la création et le financement des entreprises est souhaité.
Fiches de propositions sur ce thème :
- Fiche action : Accompagnement de proximité pour la mise à l’emploi dans le secteur marchand.
- Fiche action : Répondre au besoin d’alphabétisation.
- Fiche action : Accompagnement individualisé des 16-25 ans les plus en difficulté par des réseaux de contact.
L’éducation et la réussite
Constats
L’importance du thème éducation et réussite a de nombreuses fois été rappelée par les acteurs des ateliers lors de ces trois rencontres. Les dispositifs de réussite éducative mis en place et reconduits dans le cadre des CUCS sont appréciés. D’ailleurs dans tous les ateliers qui ont travaillé sur ce thème, se sont côtoyés des professionnels de l’Education Nationale, mais également des membres des associations locales (sportives, culturelles, d’aide au devoir) qui peuvent proposer de nombreux services en matière d’éducation et de réussite.
Les acteurs de terrain constatent que lorsque des problèmes d’éducation et de réussite scolaire sont détectés chez un jeune, celui-ci a de plus grandes chances de rencontrer d’autres problèmes, notamment d’accès à l’emploi. En outre, l’échec scolaire accompagne souvent le manque de confiance en soi du jeune concerné, qui n’ose plus, ne se projette plus dans l’avenir, ce qui aggrave souvent le sentiment d’échec.
De nombreux participants ont souligné l’efficacité des PRE (Programme de Réussite Educative), qui sont donc à pérenniser. En revanche, il semble qu’il manque un dispositif ambitieux pour compléter les classes et ateliers relais destinés aux élèves de 14-16 ans. Pour les élèves de cette catégorie d’âge en situation de décrochage, il n’existe pas aujourd’hui de réelle alternative à la déscolarisation (Internat, partenariat Entreprises-Ecole).
Le cursus scolaire actuel parait parfois mal adapté aux jeunes qui ont de grosses difficultés scolaires. Etant passé d’une classe à une autre sans pour autant maîtriser les fondamentaux requis pour ce passage, ils arrivent parfois en 3e sans maîtriser tous les outils de cette classe. Ils subissent alors leur orientation vers des filières professionnelles, dont l’image en France reste encore celle de filières « au rabais ». N’ayant pas véritablement choisi leurs études, ils ont tendance à les abandonner avant l’obtention du diplôme et se retrouvent rapidement déscolarisés.
Propositions
Les propositions concernant le thème de l’éducation et de la réussite peuvent être regroupées en 3 groupes majeurs. Le premier concerne le cursus scolaire au sens propre tel qu’il est proposé par l’Education Nationale, puis le péri-éducatif et le lien association-école, et enfin le lien entre l’école et le monde extérieur (parents et monde du travail).
Concernant le cursus scolaire du jeune, il faut l’aider à être maître de sa propre orientation. Il faut donc l’aider à comprendre qu’il construit sa vie, et l’accompagner dans ses choix.
Développer les stages en entreprise pour les collégiens :
Pour cela, une multiplicité d’acteurs de terrain a remarqué que pour de nombreux élèves en difficulté, les stages pendant le cursus du collège étaient très bénéfiques. Cela permet de se confronter plus tôt au monde du travail, avec sa discipline et ses règles. Mais cela permet également de réfléchir de façon concrète à son orientation. Dès que l’élève arrive à se projeter dans le futur, ses résultats scolaires progressent significativement. Ceci demande par contre que chaque collège arrive à former un réseau d’entreprises qui acceptent de prendre des stagiaires et de s’en occuper pour leur faire découvrir leurs métiers.
Pour une plus grande autonomie des collèges :
Cependant, les intervenants ont également souligné que face à tant de situations différentes, une solution globale en matière d’éducation n’est pas la réponse. Il faudrait donc laisser plus de liberté au collège pour proposer des solutions adaptées à l’environnement du collège et au jeune, sous la tutelle du Ministère de l’Education Nationale.
La question du collège unique :
Certains acteurs ont ainsi proposé la remise en cause du « collège unique » et proposé un système permettant l’adaptation de l’enseignement au contexte local et une certaine autonomie dans la gestion du budget, allant parfois de pair avec la suppression de la carte scolaire, ce qui a beaucoup partagé les intervenants. En effet de nombreux professionnels de l’éducation ont regretté la trop grande hétérogénéité des classes de collège, ce qui ne leur permet pas de répondre aux besoins de tous comme ils le devraient.
Promouvoir la place du périscolaire à l’école :
Un débat s’est instauré lors des rencontres sur la place du péri scolaire (actions sportives, artistiques, culturelles). Actuellement l’emploi du temps d’un collégien ne le permet pas, ou très difficilement. Les acteurs de l’éducation ont souligné que dans de nombreux pays, les élèves ont moins de cours exclusivement théoriques (mathématiques, sciences physiques chimie…) ; malgré cela, les résultats académiques sont souvent meilleurs et les compétences en fin de scolarité en adéquation avec les attentes du monde du travail. Lors des rencontres territoriales, deux visions se sont opposées sur ce point. Certains ont ainsi proposé de rendre l’enceinte de l’école accessible aux associations et d’inclure la participation à ces dernières dans le cursus et le temps scolaire. A l’inverse, d’autres intervenants ont souligné l’importance de distinguer la sphère scolaire du monde associatif. Ces intervenants préconisent alors de faire venir les élèves dans les associations en dehors des périodes scolaires, pour permettre de ne pas faire porter les sentiments de rejet à l’égard de l’école sur ces activités.
Dans tous les cas, ces activités permettent à l’élève d’avoir une meilleure estime de lui-même, parce qu’il fait ce qu’il aime, qu’il y prend goût et que le temps qu’il y consacre est souvent très bien rétribué (notamment, sous forme de reconnaissance sociale).
Tout le monde s’accorde sur la nécessité d’ impliquer les acteurs extérieurs au monde de l’éducation et ce, au sein de l’école.
La relation parents-école :
Les premiers acteurs sont, bien entendu, les parents. La relation avec les parents parfois difficile, ceux-ci n’ont peut-être pas été eux-mêmes à l’école ou ne parlent pas le Français, ou mal, et ne comprennent pas forcément les enjeux que représente l’éducation de leur enfant. Il faut donc arriver à les impliquer davantage. De nombreux enseignants expliquent qu’à partir du moment où ils parviennent à rencontrer les parents d’un élève en difficulté, et non un grand frère comme cela peut-être malheureusement le cas, les parents se sentent plus impliqués dans l’éducation de leur enfant et les résultats scolaires de celui-ci s’améliorent.
Dans cette optique, certaines initiatives locales ont été recensées qui pourraient être généralisées :
- La remise des bulletins aux parents en main propre après les conseils de classe, éventuellement sous forme de réunion publique avec remise de récompenses aux élèves méritants (encouragements/compliments/félicitations) fait partie de ces initiatives. Cela permet aux parents et aux professeurs de mieux se connaître. Dès lors, ils ne se voient non plus uniquement pour parler des problèmes mais également des réussites des enfants.
- La création d’un poste de médiateur pour mieux expliquer le fonctionnement de l’école aux parents, mais qui n’interviendrait pas uniquement en cas d’échec scolaire est également une proposition à envisager. Leur rôle doit être plus pédagogique.
- L’utilisation de gommettes de couleur (rouge pour une note allant de 0 à 5 par exemple…) en plus des notes sur les livrets, peut également permettre aux parents maîtrisant mal le français de suivre tout de même les résultats de l’enfant.
Les acteurs de terrain ont mis l’accent cependant sur le risque d’infantilisation des parents. Si l’enfant voit que ses parents qui sont ses premiers relais vers le monde des adultes, sont infantilisés par l’école, cela peut donner une mauvaise image de l’autorité parentale.
La relation entreprise-école :
Les intervenants proposent que les entreprises viennent dans les écoles, lors de séance d’école ouverte, pendant lesquelles les entreprises expliquent les métiers qui sont les leurs, pour permettre à l’enfant de mieux sentir la réalité du monde du travail.
Changer les mentalités :
Un travail de fond est nécessaire pour changer les mentalités vis-à-vis des filières professionnelles. En effet une bonne orientation en filière professionnelle peut permettre de réussir professionnellement, car ce sont des qualifications que les entreprises demandent et recherchent.
Il faut également aider les jeunes les plus prometteurs, en mettant par exemple en place des systèmes de tutorat avec une entreprise. En effet, quand un élève de ZEP réussit, il peut être discriminé à l’embauche. Un système de tutorat lui permettrait d’avoir des stages et éventuellement un premier emploi plus facilement.
Fiches de propositions sur ce thème :
- Fiche action : Le renforcement du lien école famille.
- Fiche action : Ouvrir l’école à l’entreprise dans les quartiers.
Désenclavement et fin de l’isolement des quartiers
Constats
Le désenclavement apparu comme un thème central pour les habitants, condition même du nouvel élan souhaité pour les quartiers. Un premier constat majeur à souligner est le fait que les populations sont attachées à leur quartier et parfois plus spécifiquement à leur immeuble.
C’est ainsi que les opérations de rénovation urbaine sont mal vécues ou vécues de l’extérieur ; un déficit de concertation, voire d’information est reproché.
Outre le désenclavement au sens propre, passant par l’amélioration de la desserte et des transports, les habitants et les acteurs présents lors de ces rencontres ont souligné la nécessité d’un désenclavement des mentalités.
On constate en effet une inégalité entre les habitants du centre et les autres. Les temps de trajets sont longs, les changements de mode de transport sont quelquefois mal adaptés. Nombre d’interlocuteurs ont souligné la rareté voire l’absence de bus le week-end dans les cités, comme l’inadéquation entre l’offre et la demande de transport en commun en dehors des heures de pointe en particuliers pour les étudiants, les retraités ou les chercheurs d’emploi.
Ce désenclavement passe aussi par l’attractivité de la cité. L’ouverture doit se faire du quartier à la ville et de la ville au quartier. Il est impératif d’inciter les gens ne résidant pas dans le quartier à s’y déplacer. Une attractivité suscitée par la présence de services publics, comme la poste – lieu de rencontre entre les habitants par définition – ou d’infrastructures sportives ou culturelles. Cela passe aussi par une véritable vision globale de la ville, la différenciation conduit à une marginalisation et donc une ghettoïsation du quartier.
Les intervenants font remarquer qu’il faut aussi redonner l’envie et l’occasion aux habitants de se rencontrer. L’importance des espaces verts et des espaces de jeux pour enfant a été soulignée lors des trois réunions. Les habitants demandent aussi des activités culturelles (des pièces de théâtres classiques, des expositions…) permettant de dépasser la mise en valeur de la seule « culture banlieue ».
Constat partagé, il est nécessaire de changer la vision des quartiers relayée par les médias. Il faut mettre en avant les talents des cités, la volonté d’entreprendre de nos jeunes. C’est un des points clé du « désenclavement mental ».
Propositions
Plusieurs propositions ont été formulées dans cet atelier, lors des trois rencontres, concernant les transports en commun, le désenclavement culturel, social, et économique des quartiers, la rénovation urbaine et, enfin, la mixité.
La question des transport en banlieue :
Il faut tout d’abord rendre les quartiers plus accessibles, et ce même en dehors des heures de pointe. Un des moyens serait d’obtenir du STIF qu’il oriente sa politique en faveur des banlieues et qu’il y consacre le financement nécessaire. Il faudrait de plus développer certains projets alternatifs tels que le transport à la demande, pour régler le problème de l’enclavement, ainsi que celui du décalage entre l’offre et la demande de transport. L’initiative du « taxi brousse » serait par exemple à développer. Se pose cependant le problème du financement de ces lignes qui probablement seront déficitaires.
L’attractivité des quartiers :
Pour contribuer au désenclavement, il faut rendre les quartiers plus attractifs aux non-résidents. A plusieurs reprises, les intervenants ont proposé de rendre obligatoire la présence des services publics dans ces quartiers (poste, annexes de mairie, postes de police, etc..). Ils souhaitent aussi des incitations à la construction d’infrastructures sportives et culturelles (centres sportifs, bibliothèques, cinémas…) et à l’implantation de commerces variés.
Abandon du zonage administratif :
Certains professionnels de la politique de la ville demandent l’abandon de la catégorisation de certains périmètres (zones ZUS, ZEP…) arguant que ce zonage conduit à des actions trop ciblées qui empêchent la mise en place d’une action globale plus efficace. Il peut de surcroît être ressenti comme une véritable ségrégation par les résidents, et peut avoir un effet rebutant pour les non-résidents. Pour ces intervenants, il serait souhaitable que l’on considère la ville comme un tout. Cette dernière idée n’étant pas toujours partagée lors des ateliers, certains ont avancé que le zonage permet de mener des actions spécifiques aux besoins des quartiers sensibles. Cette délimitation doit donc être utilisée dans un seul but de repérage, et non de ciblage précis d’un plan d’actions.
Remodelage des quartiers :
Une autre proposition concerne la démolition des logements. Ce sujet a été très souvent évoqué par les participants lors des ateliers. Les habitants se positionnent très souvent contre ces actions, lorsqu’elles sont conduites sans concertation et ils ne souhaitent pas de médiatisation à leur sujet. Outre leur coût très élevé, les démolitions ne traduisent pas toujours la symbolique d’un nouveau départ et peuvent au contraire être ressenties par la population avec un sentiment de honte. En plus d’une meilleure prise en compte de la structure familiale des futurs locataires (familles nombreuses) dans les projets urbains en développement, il faut privilégier le remodelage à la reconstruction. Les habitants n’ont pas toujours le sentiment d’être impliqués dans les projets de rénovation urbaine, qui leurs semblent imposés par l’extérieur, ce qui peut créer une certaine incompréhension voire une hostilité.
Certains intervenants font remarquer qu’il faut appliquer dès maintenant à ces quartiers, les normes de HQE, dans les nouvelles constructions.
Mixité sociale dans les quartiers :
Enfin, un certain nombre de propositions concernent la mixité au sein des quartiers sensibles. En effet, le fait de regrouper dans un quartier des populations percevant de faibles revenus donne un sentiment « d’enclavement mental », même si certains quartiers concernés peuvent être physiquement accessibles. Il faut donc encourager la mixité au sein des populations en proposant des aides au logement à destination des faibles et des moyens revenus. Le thème de la carte scolaire a été évoqué dans cet atelier, il a été source de débats, les élèves issus de milieux aisés ne se déplaçant pas vers des établissements situés en ZEP.
Fiches de propositions sur ce thème :
- Fiche action : Faire du projet urbain le projet des habitants.
- Fiche action : Réorganiser les dessertes en transport collectif.
- Fiche action : Revue générale des systèmes de concertation.
Sécurité et Citoyenneté
Constats
L’atelier sécurité et citoyenneté a permis de recenser une multitude d’actions dont l’efficacité a été constatée au niveau local et qui peuvent être rapidement mises en place à l’échelle nationale. La multiplicité des expériences de chaque participant a permis d’enrichir le débat, sur un sujet qui concerne tous les acteurs de terrain (Education Nationale, Police Municipale et Nationale, Justice, Associations, Services Techniques, Mairies, parents…). La richesse de cet atelier a été de proposer des actions concrètes et peu coûteuses à mettre en place.
Tous les participants ont constaté l’accroissement des actes d’incivilité et d’irrespect de l’autorité, le dénuement de nombreux parents face au comportement de leurs enfants ainsi qu’une méconnaissance globale des institutions et des règles de vie de la République par les populations, jeunes ou adultes.
Les nombreuses interventions des participants ont permis de répertorier les chantiers prioritaires en matière de sécurité et de recenser les initiatives locales permettant de répondre à ces problématiques.
Proposition
Coopération entre les professionnels :
La sécurité et la citoyenneté sont l’affaire de toute la population. C’est pourquoi tous les participants qui œuvrent au sein de la Police, de la Gendarmerie, des Pompiers, des Tribunaux, des écoles et des associations soulignent l’importance de renforcer les partenariats entre institutions de divers ordres. L’objectif est ici de favoriser la coordination locale chacun dans son domaine, afin d’accroitre l’efficacité des politiques menées. La Police Nationale, la Police Municipale, la Gendarmerie ainsi que la Justice doivent pouvoir communiquer et faire circuler de manière plus efficiente les informations. De même, les associations sont favorables à un secret professionnel partagé en accord avec la personne entendue afin d’orienter la personne vers l’institution la mieux adaptée à sa situation.
Résolution du problème des quads et des mini-motos :
Les représentants des services de police souhaitent obtenir la compétence de mise en fourrière des quads et mini-motos qui, en plus de créer des nuisances sonores, sont dangereux pour la population, ce qui suppose une modification de l’article L 325-1-1 du code de la route. La question de la prise en charge financière de la mise en fourrière de ces véhicules demande à être examinée.
Alternative à l’incarcération :
Il est aujourd’hui nécessaire de trouver des alternatives à l’incarcération des jeunes délinquants. Le travail d’intérêt général (TIG) a déjà fait ses preuves. Cependant, trop peu de places de TIG sont disponibles pour faire face à la demande des tribunaux. Les TIG permettent à la personne condamnée de se racheter auprès de la communauté, de réhabiliter son image, de rencontrer un nouveau milieu, d’être confrontée à des règles et d’obéir à des ordres. Le condamné au TIG doit être encadré par un tuteur (policier, pompier, gendarme, militaire, personnel des services techniques) et surveillé. Le coût monétaire et social des TIG est, malgré les contraintes qu’il engendre, plus faible que le coût d’une incarcération. Cette mesure doit donc impérativement être étendue et les institutions qui le mettent en place soutenues financièrement.
Restaurer l’autorité parentale :
Il est également nécessaire de restaurer l’autorité parentale. Si les institutions doivent intervenir dans l’instruction, l’accompagnement des jeunes et l’éventuelle sanction, les parents restent ceux qui doivent exercer l’autorité dans le foyer et doivent être considérés par les jeunes et les institutions, comme tel. Assurer la formation linguistique de tous les parents qui en ont besoin en rémunérant le fait d’assister à chaque cours, informer ces derniers sur le rôle des institutions et les impliquer dans chaque étape de la vie scolaire de leurs enfants sont les solutions devant permettre, à terme, de réduire la délinquance. La création de cours du soir et la remise en main propre des bulletins aux parents sont des actions à privilégier. Il est nécessaire d’associer constamment les parents au travail des éducateurs, des associations, des forces de l’ordre. De même, généraliser les conseils des droits et devoir de la famille qui sont des lieux de débat entre parents et enfants en présence de médiateurs peut permettre de renouer le dialogue au sein d’une famille.
Rôle de l’Education Nationale :
L’Education Nationale, au travers de l’école républicaine, a un rôle central à jouer dans la prévention de la délinquance. Tous les intervenants s’accordent pour dire que les difficultés scolaires ont systématiquement des répercussions sur la situation dans les quartiers. L’éducation et la formation doivent donc rester des priorités.
Renforcement de l’instruction civique :
Les différents ateliers traitant de la citoyenneté ont proposé de renforcer l’instruction civique dès le plus jeune âge. Les participants soulignent l’importance de commencer la prévention dès le primaire et de placer l’instruction civique au cœur du socle de connaissances fondamentales abordé au primaire. Il a été proposé de généraliser des initiatives telles que le « Passeport Citoyen », initié par la mairie des Mureaux. Le but est de rendre concrète la formation au rôle des institutions et d’initier un dialogue entre les jeunes et les pompiers, la police, la justice, le maire, les services techniques… voire les députés, les sénateurs… Le passeport citoyen consiste en 15 jours de visites d’institutions suivis de 15 jours de stage dans l’une de ces institutions pour chacun des participants. Ce programme, qui s’effectue à l’âge 18 ans et se conclut par la remise d’un diplôme, a une grande valeur symbolique.
L’école ouverte :
Il s’agit dans le même esprit de trouver des actions similaires pour les plus jeunes (stage de 3ème dans une institution). Le parrainage des écoles d’une ville par la Police, la Gendarmerie, l’Armée, les Pompiers (prévention, actions ponctuelles dans l’école pour chaque évènement, mise en place de rencontres sportives, de démonstrations…) est une solution à envisager. Pour les plus âgés, le service civil volontaire doit être mieux connu de la population et encouragé. Certains proposent même de rétablir le service militaire qui permettait de mélanger des populations de divers milieux et d’inculquer à chacun l’obéissance et le respect des ordres et de la hiérarchie. Les pompiers proposent également de développer les contrats bénévoles sapeurs pompiers volontaires.
Le principe de « l’école ouverte » permettant de faciliter le dialogue entre les jeunes et les acteurs de terrain dans les quartiers (associations, justice, police, gendarmerie, pompiers, assurance maladie, mairie) doit également être généralisé.
Occuper le temps périscolaire et l’espace public :
Enfin, certains préconisent de rendre obligatoire la participation à une association (sportive, humanitaire, professionnelle) dans le cadre de la scolarité obligatoire afin d’encourager la création ou la reconstruction d’un lien social. Dans tous les cas, le temps libre de ces jeunes doit être comblé par la proposition d’activités, notamment dans la période qui précède les grandes vacances (mois de juin pour les lycéens qui n’ont souvent plus cours) et dans la tranche horaire 20 heures / 22 heures où les jeunes après la fermeture des maisons de quartier sont souvent livrés à eux même. L’activité proposée par les associations doit permettre la reconquête de l’espace public.
Rappel des règles de vie en société :
Face à la montée du communautarisme dans les quartiers, à l’accroissement des incivilités, à l’irrespect de l’aîné qui se généralise et devient de plus en plus précoce, les participants proposent à l’unanimité de rappeler les règles de vie en société aux délinquants. Le « non », symbole de l’exercice de l’autorité, doit venir des parents, de la police, des éducateurs, des associations ou de la justice. L’autorité doit s’exercer de façon collégiale et s’affirmer dans un cadre symbolique pour les délinquants. La convocation du jeune au Tribunal d’Instance, en présence des parents et des différentes institutions pour un rappel des règles a une forte valeur symbolique et permet de marquer profondément délinquant.
Formation des acteurs de terrain :
Enfin, les acteurs de terrain, principalement dans le milieu associatif, souhaiteraient bénéficier d’une meilleure formation. Afin de limiter le trop grand « turnover » de personnel qui existe dans les associations de quartiers sensibles, toute dispense de formation doit être accompagnée de la signature d’un « contrat d’exclusivité » entre l’association et la personne formée. Ce contrat oblige la personne formée à rester pour une période prévue à l’avance dans l’association afin que cette dernière rentabilise son investissement en terme de formation. Le problème de manque de personnel dans les associations de ces quartiers est mis en avant.
Fiches de propositions sur ce thème :
- Fiche action : Journées citoyennes.
- Fiche action : Exploitation des main-courantes par les médiateurs.
Pour conclure, les débats ont montré une grande convergence des points de vue des participants quant aux constats et aux pistes de solutions. En effet, les conclusions des ateliers thématiques de trois rencontres se rejoignent largement. Ces ateliers ont été, en outre, l’occasion d’échanges de pratiques fructueux et ont permis de renforcer le réseau des acteurs de la politique de la ville dans le département.
J'animerai le mardi 11 mai 2010 prochain entre 19h00 et 20h00 un chat sur la dynamique espoir banlieues dans le département au cours duquel je répondrai en direct à toutes les questions que vous vous posez sur le sujet...